Jamais dire Jamais

J’ai longtemps pensé que j’étais nulle en maths.

Je m’explique.

À l’école, les maths n’étaient pas ma matière préférée. Loin de là. Je faisais des angles droits-pas-droits en géométrie, je passais des heures sur mes divisions euclidiennes, mon ardoise n’effaçait jamais vraiment bien mes calculs d’avant (sauf la fois où ma mère a tout décapé avec sa bouteille de dissolvant. Là elle était redevenue blanche comme au premier jour. Mais tellement imbibée de produit, qu’elle n’a plus voulu se laisser écrire dessus par les stylos weleda pendant presque deux mois – le temps qu’elle sèche.)

Arrivée au collège, j’ai découvert la joie des signes. Pas astrologiques non non. Le moins qui se transforme en plus quand tu le fais passer de l’autre côté du égal. Oui ben chez moi, il ne se transformait pas. Il était pas magique, mon moins. Il restait en moins même de l’autre côté du égal. Et pour les plus, même combat. Pas de ma faute si les signes obéissent pas, dans la vie en général. Les miens ils obéissaient, ils restaient en moins ou ils restaient en plus. Mes notes aussi obéissaient. Elles restaient entre 8 et 10 sur 20. Bien sages.

Et puis en seconde, il y a eu les identités remarquables… Ah pour ça elles étaient remarquables. Remarquablement reloues. J’ai même eu droit aux cours par correspondance, l’été entre ma troisième et ma seconde. Vous savez, ces trucs qui te font croire que t’es en vacances alors qu’en faite non. Cette époque où, au début de l’été, tu te dis que tu vas bosser tes maths deux heures tous les matins et envoyer tes 4 devoirs correctement, en suivant leur programme, pendant tout juillet et août.

J’ai fait le premier contrôle. Celui sur les identités remarquables. J’ai eu 8 sur 20. Je n’ai jamais envoyé les trois autres. Mon père a abandonné, et j’ai profité de l’été. En seconde, j’ai eu 15 sur 20 à mon DST sur les identités remarquables. Merci papa. (par soucis de garder cette histoire intéressante, je ne vous mentionnerai les notes que j’ai eu aux DST suivants. Ça gâcherait le plaisir.)

Bref en terminale, je me suis dit “après le bac c’est fini ! Plus de maths ! Bon quelques petits trucs de base de stats pour les cours d’école de commerce mais ensuite stop !”. J’étais convaincue. Soulagée, libre, et heureuse.

Et puis j’ai décidé de me spécialiser en économie. Et puis j’ai pris un cours d’algèbre linéaire en troisième année. Et puis j’ai pris des cours de maths appliqués à l’économie en maitrise. Et, tout en vous passant les détails, voilà comment je me suis retrouvée à faire des maths assez poussés (pour quelqu’un qui n’étudie pas en mathématiques, précisons le. Je ne veux offusquer personne) 4 ans après avoir dit que je ne ferai plus jamais de maths de ma vie.

La conclusion de cette longue histoire ? Ne jamais dire jamais. Ou encore, nous ne sommes pas forcément qui nous pensons ou semblons être. Ça semble très philosophique. Ce chouette post de Garance Doré résume bien l’idée. En gros elle dit qu’on a des idées pré-conçues sur nous-même, et que ce serait bien de les laisser tomber parfois.

Après tout, nous ne sommes pas gravés dans la roche (n’en déplaise à Sniper), nous pouvons très bien être dessinés dans du sable, ce qui nous permet d’être remodelés à l’infini, comme on veut et quand on veut aussi.

Donc en fait, peut-être que j’aime les maths. Un peu, dans le fond fond fond de moi-même. Oh bien sûr, je ne serai jamais la pro de la logique (on a dit “jamais dire jamais”, je m’en vais de ce pas faire des rébuts mathématiques !) mais je me débrouille probablement mieux que ce que j’aurai cru possible. C’est ça qui m’a permis de devenir économiste. Comment je me la pète. J’aime bien ce mot. Économiste. Ça sonne très Christine Lagarde. Même si elle n’est pas économiste, je vous l’accorde.

Et peut-être aussi que j’aime plein d’autres choses que je ne pensais pas aimer. Comme me lever super tôt le matin, boire du whisky, les gens qui passent la tondeuse à 8h du mat’ le dimanche (mais nooon voyons, je suis zeeeen, aucun problème avec ça. Ok mes voisins n’ont pas de jardin. D’accord ça aide. Et alors ?), les chiens, manger des betteraves (non, définitivement non, les betteraves, je peux pas). Peut-être que je suis plein de choses que je ne sais pas encore que je suis.

Et vous, qu’est-ce que vous pensez être ?

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